Le « tarot de Marseille » renvoie à une histoire longue où se croisent jeu de cour, gravure et iconographie. Cette page retrace l’émergence du tarot en Italie au XVe siècle, sa structure stable à 78 cartes, sa diffusion en France et la fixation progressive d’un type graphique que l’on désigne aujourd’hui comme « tarot de Marseille ».
Table des matières
- Introduction : définition et cadrage
- Les origines italiennes (XVe siècle)
- La structure du jeu : 78 cartes, atouts et mineures
- Diffusion en France et premières gravures (XVIe–XVIIe)
- Le « Tarot de Marseille » : genèse du type graphique
- XVIIIe siècle : Court de Gébelin, Etteilla et la lecture symbolique
- XIXe–XXe siècle : normalisation, imaginaire et éditions modernes
- Sources matérielles et muséographiques
- Ce que l’histoire ne prouve pas (cadre critique)
- Bibliographie et ressources pour aller plus loin
- À garder en tête
Introduction : définition et cadrage
Le terme « tarot » désigne d’abord un jeu de cartes apparu en Italie du Nord au XVe siècle. Sa pratique ludique précède les usages symboliques et divinatoires qui se développeront plus tard. Les historiens du jeu s’appuient sur des collections publiques et des corpus gravés pour retracer son évolution matérielle et graphique (BnF, Gallica).

Le « tarot de Marseille » n’est pas un jeu unique mais un type iconographique. Il regroupe des jeux à enseignes latines aux images parentes, produits dans le quart sud‑est de la France. Cette dénomination est postérieure aux premiers tirages et se stabilise au début du XIXe siècle, selon la Bibliothèque nationale de France (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Les usages divinatoires ont marqué l’imaginaire moderne du tarot. Ils ne constituent cependant pas le cœur du présent article, qui se concentre sur l’histoire matérielle du jeu, sa structure et son iconographie. Les affirmations d’efficacité prédictive n’ont pas de validation expérimentale; elles relèvent de pratiques culturelles et ne sont pas traitées ici comme des faits historiques démontrés (Wikipédia — « Tarot divinatoire »).
Les origines italiennes (XVe siècle)
Les plus anciens jeux de tarot connus proviennent des milieux de cour d’Italie du Nord. Des ensembles célèbres, tels que les Visconti‑Sforza, témoignent d’un luxe de fabrication et d’un répertoire visuel déjà affirmé au milieu du XVe siècle. Ces pièces, souvent peintes et dorées, ont circulé dans des cercles élitaires avant l’essor des productions gravées (Wikipédia — « Tarot »; Gallica / BnF — sélection « Cartes à jouer »).
La recherche historiographique, appuyée par les dépôts de la BnF et d’autres musées, observe une parenté iconographique forte entre ces tarots italiens de la Renaissance et des jeux plus tardifs. Les figures allégoriques, les atouts et certaines conventions graphiques y sont déjà repérables (BnF; Gallica).
La question des vecteurs de diffusion reste complexe. Les historiens évoquent les circulations entre cours, le rôle de la gravure, et un contexte d’échanges où textes, images et techniques d’impression se croisent. La standardisation iconographique s’amorce avec l’imprimé, rendant les motifs reproductibles à plus grande échelle (Wikipédia — « Tarot »).
La structure du jeu : 78 cartes, atouts et mineures
La structure à 78 cartes est ancienne et stable. Elle comprend 22 atouts — aussi appelés « arcanes majeurs » — et 56 cartes « mineures » réparties en 4 séries de 14 cartes. Ce découpage, attesté de longue date, fournit un cadre commun à des familles iconographiques variées (Gallica / BnF; Larousse — notice « Tarot »).
Le vocabulaire spécialisé emploie « lames » ou « arcanes » pour les atouts, et « cartes mineures » pour les séries. Les enseignes dites latines — bâtons, coupes, deniers, épées — s’imposent pour les jeux associés au type « tarot de Marseille ». Les noms et l’ordre exact des images connaissent des variantes selon les ateliers et les régions, mais l’ossature 22+56 demeure (Larousse; BnF).
Cette stabilité n’implique pas uniformité absolue. Les séries numériques, les figures (valets, cavaliers, reines, rois) et le traitement des atouts offrent des écarts de style, de proportions et de détails. Les jeux conservés permettent d’observer ces micro‑variations d’atelier, précieuses pour la datation et l’attribution (Gallica / BnF).
Diffusion en France et premières gravures (XVIe–XVIIe siècle)
La présence du tarot en France est attestée à partir des XVIe–XVIIe siècles. Des jeux gravés français, comme celui attribué à Noblet, sont conservés à la BnF et témoignent d’une production locale au XVIIe siècle. Leur iconographie se rattache aux familles italiennes tout en affirmant des traits propres (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Des centres d’imprimerie et de gravure actifs — notamment Lyon et Marseille — jouent un rôle dans la diffusion des images et la circulation des moules. Les planches gravées et les techniques d’impression favorisent des séries plus régulières, avec des ensembles d’enseignes et d’atouts reconnaissables d’un atelier à l’autre (BnF; Gallica).
Les catalogues et expositions de la BnF documentent ces étapes. L’étude matérielle des papiers, des bois gravés et des mentions d’atelier ouvre des pistes sur les réseaux de production. Elle révèle un tissu d’artisans et d’imprimeurs, plutôt qu’une origine unique centralisée (BnF; Gallica).
Le « Tarot de Marseille » : genèse du type graphique et variantes régionales
L’expression « Tarot de Marseille » désigne un type iconographique qui se stabilise pour l’érudition au début du XIXe siècle. Elle regroupe des tarots à enseignes latines, fabriqués dans le quart sud‑est de la France. Lyon et Marseille figurent parmi les hauts lieux historiques de fabrication, sans exclure d’autres foyers (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Ce type n’est pas monolithique. Les variantes régionales et d’atelier sont nombreuses. Des exemplaires associés à Noblet ou à Jean Dodal illustrent la diversité interne. Le « tarot de Besançon » propose encore une variante où certains atouts sont remplacés ou renommés. Ces évolutions n’altèrent pas la structure à 78 cartes, mais elles affectent l’iconographie des atouts et le dessin des enseignes (BnF; Wikipédia — « Tarot de Marseille »).
La notion de « type » reflète la réalité des pratiques artisanales. Des gravures proches circulent entre ateliers, se modifient par retouches et sédimentent en familles reconnaissables. Les spécialistes soulignent que l’appellation « tarot de Marseille » est tardive par rapport aux objets eux‑mêmes, ce qui explique l’existence de lignées parallèles et de terminologies concurrentes (BnF).
XVIIIe siècle : Court de Gébelin, Etteilla et la lecture symbolique
À la fin du XVIIIe siècle, Antoine Court de Gébelin propose une lecture érudite du tarot. Il avance l’idée d’un savoir ancien, parfois rattaché à des origines égyptiennes. Ce cadre herméneutique stimule la curiosité pour le jeu au‑delà de l’usage ludique, en orientant le regard vers ses symboles (Wikipédia — « Tarot divinatoire »).
Jean‑Baptiste Alliette, dit Etteilla (1738–1791), popularise des systèmes d’usage divinatoire et diffuse une version iconographique conçue pour cet usage. Ses publications contribuent à installer l’association du tarot et de la cartomancie dans la culture française, en fixant des pratiques et des répertoires interprétatifs qui influenceront les siècles suivants (Wikipédia — « Etteilla »; « Tarot divinatoire »).
Ces lectures n’emportent pas, pour autant, validation historique de leurs hypothèses d’origine antique. Les études modernes rappellent le caractère interprétatif de ces constructions. Elles ont façonné la réception du tarot, sans modifier les constats matériels sur l’émergence du jeu en Italie au XVe siècle et sa structure à 78 cartes (BnF; Wikipédia — « Tarot »).
XIXe–XXe siècle : normalisation, imaginaire et éditions modernes
Le XIXe siècle voit se consolider l’idée de familles de tarots, avec des rééditions, des typifications de motifs et une circulation accrue des images. Les ateliers perpétuent des ensembles reconnaissables, tandis que des entreprises éditoriales modernisent la production. Le type « Marseille » s’installe comme matrice de référence pour des réimpressions et des études (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Au XXe siècle, l’imaginaire symbolique, nourri par les lectures du XVIIIe et par des travaux d’érudition, coexiste avec l’approche historique centrée sur les objets conservés. Des historiens du jeu, cités dans les bibliographies spécialisées, analysent les corpus, datent les planches et distinguent les lignées iconographiques. Des auteurs comme Thierry Depaulis sont régulièrement mentionnés dans les travaux et expositions pour leurs apports à l’histoire des cartes à jouer (Wikipédia — « Tarot de Marseille »; Enssib — « Entre jeu et magie »).
La coexistence de rééditions fidèles et d’interprétations graphiques nouvelles entretient un double mouvement : transmission d’un canon visuel et réinvention éditoriale. Les musées et bibliothèques jouent ici un rôle déterminant, par la mise à disposition de reproductions en ligne et de notices détaillées (BnF; Gallica).
Les sources matérielles et muséographiques (collections, pièces conservées)
Les collections publiques constituent le socle de la connaissance historique. La BnF et Gallica proposent des sélections dédiées aux cartes à jouer, où figurent des tarots italiens et français. Les ensembles Visconti‑Sforza et le jeu dit « Charles VI » permettent d’observer la filiation visuelle entre la Renaissance italienne et les productions ultérieures (Gallica; BnF).
Des jeux français anciens, comme celui associé à Noblet, sont conservés et décrits dans des notices précises. Ils offrent des jalons pour dater la production gravée en France au XVIIe siècle et situer le développement des ateliers à Lyon et Marseille (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Ces institutions documentent aussi les techniques : supports, encres, bois gravés, et marques d’imprimeurs. Elles éclairent le passage des jeux de cour luxueux aux séries imprimées et vendues plus largement, sans réduire la diversité des variantes régionales (Gallica / BnF).
Ce que l’histoire ne prouve pas (cadre critique)
Plusieurs idées reçues circulent autour du tarot. L’attribution d’une origine égyptienne antique relève d’une hypothèse formulée aux XVIIIe–XIXe siècles et répercutée dans des lectures symboliques. Les études historiques modernes ne la confirment pas par des sources primaires. Le consensus documentaire situe l’émergence du jeu en Italie du Nord au XVe siècle, sur la base d’objets conservés et datés (Wikipédia — « Tarot »; BnF).
De même, l’appellation « Tarot de Marseille » ne se confond pas avec une création unique datable à un lieu et un imprimeur précis. Elle désigne un type iconographique, tardivement nommé, recouvrant plusieurs lignées et ateliers. Parler de variantes (Noblet, Jean Dodal, Besançon) et de réseaux d’imprimeurs rend mieux compte de la réalité des sources (BnF — « Un tarot qui rebat les cartes »).
Enfin, les usages divinatoires appartiennent à l’histoire des pratiques culturelles. Ils ne constituent pas une preuve d’une capacité prédictive objectivable. Les références à Court de Gébelin et à Etteilla décrivent une réception et ses effets, non une origine démontrée par des archives antiques (Wikipédia — « Tarot divinatoire »; « Etteilla »).
À garder en tête
Lecture symbolique et usage divinatoire — cadre de prudence : les pratiques divinatoires relèvent de traditions culturelles et d’interprétations symboliques. Aucune preuve expérimentale ne valide une capacité prédictive du tarot. Les éléments abordés ici sont historiques et iconographiques, fondés sur des collections, des notices et des études publiques (BnF; Gallica; Larousse; Wikipédia).
Pour aller plus loin, lisez aussi la Maison-Dieu et le Mat du Tarot.

Rédacteur spécialisé · tarot, méditation, énergies
Élodie se concentre sur les pratiques de méditation et les énergies associées au tarot. Elle s'assure de vérifier chaque article par des références précises, pour offrir une lecture enrichissante et fiable.

Rédacteur spécialisé
Élodie se concentre sur les pratiques de méditation et les énergies associées au tarot. Elle s'assure de vérifier chaque article par des références précises, pour offrir une lecture enrichissante et fiable.
Publié le 23 septembre 2026



